06
2008
L’Internet est un lieu d’expression, et toute expression s’y réduit à des objets dont l’essence est langagière : mots, images, sons, ce sont toujours des bits de données qui transitent de machine en machine et du code qui sert de support à leur pure et simple possibilité. C’est par quoi toute expression, paradoxalement, est aussi dépropriation. Car l’écriture s’avère un acte de dissémination, et tout « objet de sens » ainsi produit — et porteur de quelque chose comme le « Sujet » — acquiert une manière d’autonomie, pour dire par approximation, parce qu’il est immédiatement susceptible d’appropriations dont nous ne pouvons jamais anticiper l’ampleur ni l’inflexion.
Il est possible d’en conclure un hyperdéterminisme dont la trame est celle du code, c’est-à-dire des diverses couches logicielles mises en œuvre dans toute production réticulaire. Mais dans cette nécessité même, et dans sa compréhension, il y a la possibilité d’une réappropriation qui se décline en termes de « littératie », et au-delà de nouveaux « pouvoirs » — empowerment en anglais — voire peut-être d’une certaine « sagesse ».
La question de notre rapport aux réseaux, au bout du compte, est celle de l’« assiette » que nous sommes capables de tenir dans l’immensité des flux et les tourments cognitifs ou éthiques engendrés par eux. Du « Sujet » à son « Monde », il y a désormais l’Internet ; mais l’Internet, indescriptible entre-deux sémantique, est espace de savoirs et occasion de luttes autant que de Lumières.
Ce qui, évidemment, reste — à suivre [1].
Le prononcé de la huitième et dernière séance du séminaire de printemps 2008 est disponible en ligne et peut être écouté en cliquant sur le lien suivant (fichier au format MP3).
Quelques liens :
un article du New York Times sur l’utilisation des données Google dans l’évaluation non seulement des contenus disponibles en ligne, mais également des pratiques humaines qui les sous-tendent.
Un manifeste hacker de McKenzie Wark, Criticalsecret éditions, 2005.
l’interview que Paul Twomey, Président de l’ICANN, a accordée au quotidien Les Échos (le texte en est reproduit ici au format PDF).
Spinoza, Éthique (texte au format RTF de l’édition de 1842 — site de l’Académie de Toulouse) ; voyez le dernier paragraphe de la V° partie.
[1] Le séminaire du printemps 2009 portera effectivement sur la question de l’Internet et des savoirs, et sera animé et reproduit sur ces pages.

Paul MATHIAS