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01
2004
Présentation générale


- L’Internet constitue une manière de « phénomène total » qui requiert une approche singulière, à savoir une théorie des réseaux capable d’insister sur les modes d’effectuation et de présentification de la pensée à l’œuvre dans les opérations informatiques dont il est issu. L’expérience de l’Internet peut de fait être considérée comme celle d’une coïncidence de l’être et du texte : l’ubiquité sémantique à laquelle on tend (par voie d’expression et de publication), l’épreuve qu’on y fait d’une temporalité atypique (instantanéité ou bien au contraire latence ou lag), impliquent que l’ensemble des opérations informatiques dont l’Internet est le « phénomène total » conspirent à inscrire la subjectivité dans un processus créatif dont elle-même, ainsi que son monde à la fois textuel et hypertextuel, sont pour ainsi dire les produits.

- L’objectif d’une théorie des réseaux ou « diktyologie » sera par conséquent de montrer la coïncidence qu’on peut repérer entre les pratiques individuelles de l’Internet et la réalité de l’espace téléinformatique qu’elles contribuent à composer. Or précisément, qu’il soit tenu pour un « outil communicationnel » ou bien pour un « espace d’échanges » libre et ouvert à tous, l’Internet est couramment visé à partir de préconceptions naïvement « technologiques », et il est consécutivement appréhendé de façon fondamentalement non critique. En effet, habituellement réduit au nombre extensible des machines formant son propre tissu industriel et informatique, l’Internet est trivialement figuré comme un simple outil médiatisé par un complexe industriel et informatique, et conçu suivant le schème utilitariste d’une simple disponibilité technique.

- Or c’est ce que dément la pratique, et c’est ce que contredit le fait irréductible de son infinie plasticité. En exposant dès lors la désuétude, l’inadaptation, et le caractère structurellement erroné d’une interprétation technologique de l’Internet, l’on envisage de démontrer que les réseaux ne sont pas un instrument mais forment un monde, et que l’essentiel réside dans la relation sémantique des opérateurs de l’Internet à la réalité qu’ils (co-) produisent. Il importe dès lors d’étudier ce en quoi consistent « être », « penser », « agir », et en somme « exister » en réseau. Car il n’y a pas d’un côté le monde de la vie, avec ses exigences et ses contraintes propres, et de l’autre un monde des réseaux, que l’on se hâterait de dire « virtuel ». Les procédures intellectuelles et cognitives du sujet investissant les réseaux sont formatrices d’une réalité qui s’avère comme le prolongement de ses pratiques mondaines ordinaires, à la lisière de laquelle il convient de repérer le point de jonction entre l’« être propre » de la subjectivité et les espaces réticulés qu’elle investit. Où il se joue un double écart : entre nos représentations de l’Internet et ce qu’est sa réalité d’une part, entre les effets qu’il produit sur nos pratiques, notamment intellectuelles, et ce que nous croyons qu’il permet d’accomplir d’autre part - les espoirs ou les craintes qu’il permet de cristalliser.

- Dans le contexte du « phénomène total » de l’Internet, le problème de la coïncidence de l’être et du texte surgit donc aux confins de la subjectivité et des procédures réticulaires et sémantiques qui la réalisent. Il concerne les modalités pratiques et intellectuelles de la création d’un « soi » informationnel, à la fois textuel et hypertextuel, que l’espace prétendument virtuel que nous désignons comme l’Internet donne comme un soi communautarisé, mais dont les modalités de communautarisation demeurent à ce jour problématiques.