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Projet de recherche en « diktyologie » (2)
Termes du projet

 . Dans un contexte interprétatif qui associe le développement des savoirs à la maîtrise d’un outillage technique et méthodologique approprié, l’Internet paraît être un dispositif instrumental parmi d’autres, dont les vertus particulières permettent de relayer, d’amplifier, ou de remplacer des techniques de recherche et de réflexion héritées de la tradition. Relais encyclopédique, d’abord, puisqu’il semble rendre disponible un véritable univers informationnel, peut-être souvent incertain dans ses contenus [1], mais parfois d’une remarquable richesse - comme en témoigne par exemple le catalogue en ligne de la Bibliothèque nationale de France. De même, l’Internet amplifie exponentiellement les capacités de recherche et de traitement de l’information, soit parce qu’il donne accès « en temps réel » à une matière de la connaissance sans cesse réactualisée, soit parce qu’en rendant possible la mise en parallèle d’un nombre considérable de machines et des compétences qu’elles mobilisent, il intensifie d’autant la puissance de calcul disponible pour la recherche, quel qu’en soit le domaine, et contribue de manière désormais très significative au développement de certaines régions des savoirs [2]. Enfin l’Internet est perçu, ou plutôt « anticipé » dans le cadre de certains projets industriels largement entamés ou bien encore balbutiants, comme un substitut avantageux aux techniques de diffusion du son, de l’image, et même à la téléphonie, qu’il seconde désormais et à laquelle il fait déjà concurrence [3].

 . L’évidence de ces représentations de l’Internet est cependant assez triviale, sauf en ce qu’elle trahit une préconception déterminée, naïve mais très tenace, de la « réalité » qu’il désigne. Qu’il soit tenu pour un « outil communicationnel » ou bien pour un « espace d’échanges » libéré de la plupart des contraintes éthiques ou juridiques s’imposant aux interactions physiques, l’Internet est systématiquement visé à partir d’une représentation immédiatement technologique de ses contours conceptuels, et donc appréhendé de façon essentiellement non critique, c’est-à-dire de telle sorte qu’on ne fait jamais l’hypothèse qu’il puisse y avoir une autre représentation ou interprétation possibles du phénomène qu’il constitue. La vision déjà habituelle de l’Internet est technologique en ce sens qu’il est « naturellement » : a) conçu comme résultant d’un nombre plus ou moins extensible de machines appartenant à un même tissu industriel et informatique, du reste inégalement réparti dans le monde ; b) regardé en conséquence comme un simple outil, médiatisé par ces machines, mais fondamentalement disponible à qui peut en avoir la maîtrise économique et prudentielle ; et enfin c) appréhendé comme devant se résoudre en une série de solutions à des problèmes et des impératifs d’ordre strictement technique, en une appropriation susceptible de se décliner exclusivement en termes d’habileté et de capacité d’usage.

 . C’est cela même qui en fait l’objet d’une vision non critique, à savoir ce présupposé d’une disponibilité que dément d’une part la pratique, et que contredit d’autre part le concept même de l’Internet dans sa « mondéité » et son infinie plasticité : comme tissu non seulement de machines mais aussi et surtout d’initiatives, de pratiques, d’usages, l’Internet s’avère « co-incidence » même et pur effet de rencontre, il est dans la mutabilité non tant de ses opérateurs que de leurs discours et du sens d’être qu’ils véhiculent [4] - écriture et discours, il paraît absorber l’ensemble de ses opérateurs et de leurs opérations dans un intrication indémêlable de sens.

 . Et en vérité, l’hypothèse à partir de laquelle il faut dès lors travailler est précisément celle d’une effectivité incapable de fixer les contours de son espace discursif réticulé, et ainsi d’une dispersion infinie de ses éléments, l’ensemble des discours, des œuvres, des opérations et de leurs opérateurs étant donnés dans un entrelacs informationnel aux multiples dimensions coexistantes - c’est l’hypothèse d’une réalité de l’Internet sans support substantiel et sans la moindre possibilité d’une analysis situs. En montrant la désuétude, l’inadaptation, le caractère à la fois approximatif et erroné de l’interprétation technologique de l’Internet comme un outil parmi d’autres des savoirs, il importe de comprendre que les réseaux ne sont pas un instrument mais forment un monde, qu’ils ne sont pas disponibles et manipulables mais un « quelque chose » en quoi des pratiques, récurrentes ou originales, concurrentes ou parallèles, ne sont jamais que des effets sans cause assignable, et des disséminations sans instances disséminantes identifiables au sens traditionnel du terme - des opérations sans sujet dont l’action et les œuvres seraient repérables et assignables comme les siennes propres.

 . Or en faisant l’hypothèse d’une disponibilité technique de l’Internet, à savoir l’hypothèse qu’il serait un espace de déploiement pour des pratiques traditionnelles (jeux, commerce, communication, etc.), on rencontre une série de difficultés de fond réellement insurmontables, parmi lesquelles l’idée même d’un espace réticulaire, et dont on ne peut finalement avoir qu’une représentation métaphorique. Car le « cyberespace » n’est précisément pas le support spatial des activités qu’il rend possibles, et reste mal identifié tant qu’on prétend le réduire à telle ou telle activité qui s’y déploie, à telle ou telle commodité qu’il satisfait : l’Internet n’est pas le courrier électronique, ce n’est pas le commerce ou les jeux en réseaux, ce n’est pas le substitut du livre, de l’encyclopédie, voire des loisirs musicaux ou cinématographiques - et c’est donc comme si l’on n’avait jamais à sa disposition que des manières négatives d’en appréhender la nature, sans pouvoir jamais l’identifier à ce qu’il est et qui fait sens dans et à travers lui.

 . Une diktyologie cohérente impliquera donc une manière de « révolution copernicienne » du regard porté sur l’Internet, elle impliquera d’assumer pleinement qu’il soit non pas « là-devant » et disponible mais l’effet même des opérations qui en forment l’intrication, et qu’il soit en somme le produit volatil de ces opérations - un espace paradoxalement non spatial au sein duquel des pratiques ont lieu dont il s’avère difficile, pour ne pas dire impossible, de définir les contours et d’identifier les opérateurs et les « sujets ». Cela signifie au fond que parler de « cyberespace », c’est d’emblée métaphoriser la réalité de l’Internet, et qu’une des tâches propres d’une analyse des réseaux, d’une diktyologie, doit être de montrer en quoi la métaphore de l’espace s’avère sans doute directe et commode, mais en quoi également elle trahit des déplacements de sens et interdit une compréhension approfondie de la réalité de cette « co-indicence » que forment nos pratiques réticulaires. Ainsi par exemple, les problèmes juridiques qui se posent dans le cadre du développement du commerce électronique, ou bien encore en raison des pratiques d’échange de toutes sortes de fichiers électroniques (musique ou vidéo, mais également logiciels), ou bien encore les différences qui existent entre des législations nationales soudain mises en question dans leur territorialité - toute cette thématique juridique et économique implique une redéfinition de fond de la catégorie du « sujet » et de ses droits, en même temps qu’une description renouvelée des « pratiques » dans lesquelles il semble se disséminer. Car on peut, au sens traditionnel du terme, considérer la subjectivité et la personnalité juridique comme inscrites dans un espace ou un territoire législatif déterminé, mais il n’est plus possible de s’en tenir à une telle représentation si l’opérateur d’une série donnée d’activités les dissémine de manière à gérer, par exemple, plusieurs serveurs répartis sur plusieurs territoires et continents différents.

 . Or à cet égard, la réflexion entamée dans La Cité Internet concernait le domaine des politiques économiques et juridiques et développait une réflexion sur le droit et sur sa nature. Il avait été possible d’y démontrer que la « réalité protéiforme » de l’activité communicationnelle induite par l’Internet impliquait « une forme d’exténuation de la subjectivité, a fortiori de l’idée de sujet civil » [5]. Certains programmes d’étude, notamment aux États-Unis, lui ont fait écho [6]. Seulement les modifications affectant le statut de la personnalité juridique impliquent désormais que cette réflexion soit poursuivie au titre d’une métaphysique du sujet susceptible d’en valider et d’en légitimer l’approche fonctionnelle. Cependant, le thème qui semble s’imposer d’une déconstruction du sujet n’est pas au centre de ma recherche, car ce n’est pas tant à une disparition de la catégorie du sujet qu’elle se réfère, qu’à une hypothèse de la reconstruction de son sens. À la lumière d’une analyse descriptive des pratiques réticulaires, la subjectivité s’affirme non comme ce dont nous serions dépossédés, par exemple au motif de la prégnance des idéologies et de la culture, technologique ou non, mais comme ce que nous ne cessons de construire et d’amender, de cristalliser et de dissoudre - par nos discours, nos conduites, et en somme par la vertu des réseaux institutionnels, sociaux, politiques, dont nous ne sommes que des entrecroisements passagers ou des points. L’hypothèse qu’il convient de travailler, c’est que l’Internet contribue à faire apparaître ceci, qu’être sujet n’est certes pas se constituer en une instance fondatrice de discours et susceptible de se projeter dans des pratiques qui sont les « siennes », mais que c’est résulter de ses propres effets de discours, du tissu des significations que l’on provoque et dont on reçoit les échos communicationnels, et ainsi exister en une manière de « réalité » dont l’essence est textuelle ou réticulée, prise dans un essaim d’actes de langage et de discours avortés ou accomplis.

 . Pour dire autrement, sur l’Internet la fonction « opérateur » ne se laisse enfermer dans des schèmes d’intelligibilité classiques, par exemple dans celui de la « conscience servile » qui projette son être spirituel sur un « monde objectal » qu’elle façonne et qui la façonne en retour dans un seul et même mouvement de la « formation ». Bien plutôt, l’Internet fait voir que l’identité ou la subjectivité, à la fois physiques, sociales, et/ou institutionnelles, doivent être pensées non pas tant comme des instances projectives, mais sur un plan nodal et comme à la marge des discours qui les constituent. Cela signifie essentiellement que l’analyse des pratiques réticulaires laisse apparaître que le sujet, ainsi nommé du reste par commodité plutôt que par exactitude, doit être compris en dépassant l’alternative classique de l’instance constituante (au sens cartésien) et de l’instance constituée (au sens par exemple du déterminisme économique et social), pour privilégier l’idée d’un travail de la subjectivité et de son opérativité. Dans le contexte de l’Internet et des pratiques qui y sont induites, le sujet n’est plus ni une instance spectatrice, ni une instance actrice (ré-)agissant dans un espace délimité par des frontières clairement établies, et qui lui seraient données comme autant de déterminations prédisponibles de son être et de son agir. Au contraire, il n’est que le déploiement de ses propres aspirations et usages, au moyen notamment de ses commandes informatiques et langagières ou de ses produits logiciels (au sens le plus général du terme), et il naît pour ainsi dire des exercices purement textuels par lesquels il fait apparaître les significations qui le décrivent et le réalisent. En ce sens, il faut se rendre à cette idée que la réalité des réseaux formerait comme l’intégrale actuelle des multiples et hétérogènes activités de ses opérateurs, dont la présence infinitésimale génèrerait par des combinaisons sans cesse renouvelées la discursivité qui la définit : l’Internet serait en son être le spectacle précaire et volatil d’une intelligence en cours de formation et dont l’état d’inachèvement serait structurellement nécessaire.

 . Il ne s’agit pourtant pas d’oblitérer les déterminismes matériels irréductibles qui rendent possibles les opérations dont le caractère composite et évanescent est à ce point essentiel. Il importe au plus haut point de ne pas céder à un idéalisme strict, et de prendre la mesure de l’efficace produite par l’ensemble de ce tissu industriel qui constitue de la couche technique de l’Internet : les machines elles-mêmes, les outils logico-linguistiques qui doivent être mobilisés pour les utiliser, les contraintes économiques ou commerciales qui peuvent infléchir leur développement dans un sens ou dans un autre etc. Il s’agit dès lors également de mettre au jour les processus selon lesquels ces déterminismes façonnent à leur tour le sujet, ou ce qui tient lieu de sujet, et le plus souvent à son insu, pour autant précisément que les soubassements technologiques d’une détermination son être et de sa réalité propres ne sont jamais appropriables de manière absolue et définitive.

 . La recherche en diktyologie générale qu’il convient donc de conduire doit ainsi s’orienter vers la mise en place et la description d’un modèle pertinent d’intelligibilité non pas tant de la structure technique des réseaux [7], que de la relation sémantique des opérateurs de l’Internet à la réalité qu’ils coproduisent. La question du rapport de l’opérateur à l’Internet reste ainsi ouverte, et pour au moins trois raisons :

- Premièrement, parce que le « sujet », en tant qu’opérateur effectif du réseau, ne se laisse pas circonscrire dans la réalité physique et civile à laquelle il appartient irréductiblement, ni interpréter dans une phénoménologie classique de l’intentionnalité : l’instantification du moi et le postulat de son originarité sont impossibles à réaliser dès lors que l’immersion dans le monde Internet suppose non seulement la mobilisation de compétences, notamment informatiques (et de relayer par là un acquis technologique et toute une série de présupposés idéologiques), mais d’être également identifié à et par la création du discours de sa propre « co-existence » aux autres, c’est-à-dire à et par de l’information, du texte, d’autres fictions qui s’agencent plus ou moins adéquatement à l’ensemble des fictions que l’on « est » soi-même sous la forme de ses productions discursives, iconographiques, vidéographiques ou sonores. Car celles-ci impliquent, outre des techniques d’écriture, une rhétorique homogène à l’espace d’immersion de l’opérateur, et qu’il existe un appareillage descriptif susceptible d’accueillir les figures avec lesquelles coïncide plus ou moins son être propre. Mais précisément : quelle est la « réalité » qui existe comme le soubassement de ces descriptions, ou bien encore y a-t-il métaphore quand il n’y a pas de réalité « en soi » dont elle puisse être la métaphore ?

- Deuxièmement parce que le « monde Internet » n’est pas donné « là-devant », il n’existe pas comme le dépôt encyclopédique appelant les formations discursives nouvelles qu’il suscite et qui sont plus ou moins originales, ou même récursives - pas plus d’ailleurs qu’un dictionnaire ne donne les clés du roman que l’on est en train d’écrire, tandis pourtant qu’il renferme tous les termes dont ce roman sera composé. Comprendre ce qu’est l’Internet, c’est tâcher de rendre compte d’une adhérence du système concret des propriétés du monde de la vie, au système discursif des projections sémantiques de soi. Entendons par là que nous ne sommes pas constitués isolément de l’ensemble des pratiques discursives, symboliques, institutionnelles, et plus littéralement langagières, par lesquelles nous sommes ce que nous sommes tout en disant ce que nous disons - selon du reste des modalités qui sont tantôt coïncidentes, et tantôt discordantes. Or l’Internet ne fait à cet égard pas exception, dans l’ordre des pratiques de la vie, mais il offre ce privilège de faire voir, dans une région problématique paradoxalement restreinte, ce que le monde de la vie déploie selon des modalités dont la complexité est infinie. Il faudrait donc dire, par manière de raccourci, que l’Internet est comme un laboratoire de la vie et de son sens.

- Troisièmement, donc, la problématique de l’Internet est une problématique de la relation, non pas en tant qu’elle résulte de la coïncidence d’un sujet et d’un espace objectif offert à ses activités, mais en tant qu’elle induit la conjonction d’une certaine fonction-sujet, identifiée à des pratiques éphémères et dont il conviendrait de repérer la « rationalité » ; et d’une certaine fonction-réalité, rapportée à la fécondation réciproque des productions textuelles de l’Internet et qui forme littéralement ce qu’est l’Internet et ce que sont les possibilités qu’il renferme. Penser l’Internet comme relation, ce n’est pas prétendre qu’il facilite ou garantit les contacts entre les hommes, c’est postuler qu’il n’a pas d’autre consistance que l’actualité sans cesse révisée et réitérée des projections textuelles qui le caractérisent.

 . Qu’est-ce, en somme, qu’un projet de recherche en « diktyologie générale » ? On comprend à présent qu’il s’agit d’une étude non de la structure technique et mathématique ou informatique des réseaux, mais de ce que sont « être » en réseau, « penser » en réseau, « agir » en réseau - en somme « exister » en réseau. L’intuition sur laquelle repose ce projet de travail, c’est qu’il n’y a pas d’un côté le monde de la vie, avec ses exigences et ses contraintes propres, et de l’autre un monde des réseaux que l’on se hâterait de dire « virtuels » ; que nous n’avons pas affaire d’un côté à une identité physique et civile, tandis que de l’autre nous jouirions de cet éclatement de la personnalité que permettraient les pratiques réticulaires déployées dans la sphère prétendument fictive de l’Internet, au motif de la quasi indifférence éthique, juridique, ou politique induite par ces pratiques. Pour dire simplement, il n’y a pas de distinction entre « monde réel » et « monde virtuel », mais un monde au sein duquel nous nous déclinons très diversement, et aussi bien sur le mode de l’action ou de la sensation d’exister que sous un angle textuel et signifiant. Il n’y a qu’un monde, et notre immersion dans les réseaux en est un moment ou une suite de moments, et elle est aussi réelle que nos douleurs, nos plaisirs, notre ennui ou nos joies.

 . L’intuition directrice de ce projet, c’est donc que notre immersion dans les réseaux est ce moment privilégié qui exige de reproblématiser ce que sont être, penser, ou agir. La façon dont nous nous textualisons, dont nous nous dessinons et nous projetons dans l’espace des réseaux, n’est que le spectacle, paradoxalement microcosmique, de ce que sont, ordinairement, notre insertion, notre immersion, notre inscription dans le monde humain de la vie et des savoirs. Proust parlait d’« ichtyologie humaine » en évoquant les manières de l’aristocratie en villégiature au Grand Hôtel de Cabourg [8] - la diktyologie en pourrait être une figure non littéraire et postmoderne, appliquée non à une classe sociale, mais à la singularité de notre existence concrète, en tant qu’elle se déploie, s’exprime, et trouve au moins pour partie son sens sur les réseaux informatiques.

 . Notre recherche nous conduira donc à marquer et baliser l’écart qu’il y a entre nos représentations spontanées de l’Internet et ce qu’il est, et l’écart qu’il y a entre ce qu’il fait, et ce que nous croyons qu’il fait. Son ressort théorique sera de considérer l’émergence et le développement de l’Internet non sous l’angle d’un déterminisme technologique linéaire - au sens où l’existence de l’Internet aura été rendue possible par la construction de structures industrielles et de langages informatiques appropriés - mais sous le point de vue d’une herméneutique de la réticularité, visant à privilégier non seulement les effets de sens, mais aussi les effets de réalité des pratiques discursives libérées sur l’Internet.


[1] On peut ici penser aux « essais » ou « articles » publiés de façon plus ou moins « sauvage » par des particuliers ou des professionnels sur des sujets de prédilection quelconques, et dont la rigueur intellectuelle ou scientifique reste modérée.

[2] Un exemple « populaire » de cette amplification réticulaire des capacités de traitement de l’information est donnée par le projet SETI@home de l’université californienne de Berkeley. Mais il faut également penser à la mise au point du système opératoire Linux, appelé à concurrencer de manière de plus en plus efficace les divers systèmes Windows, et dont l’implémentation n’aura été possible qu’en vertu d’une organisation réticulée de la production des différentes parties du logiciel.

[3] La mise au point du protocole Ipv6, destiné à remplacer l’actuelle version Ipv4, est explicitement orientée vers la transmission du son et de l’image, beaucoup plus exigeants, en termes de bande passante, que le texte que véhiculait traditionnellement l’Internet, et intègre donc des algorithmes de compression très puissants. Pour ce qui est de la téléphonie, elle se met progressivement en place grâce au protocole « VoIP » (Voice over Internet Protocol).

[4] Sur ce point, voir « La chose Internet », notre contribution à Odyssée Internet, sous la direction de Jacques Lajoie et Éric Guichard, Montréal, P.U.Q., 2001.

[5] Op. cit., 1997. Voir notamment le chapitre 3, et notamment les pages 122 et suivantes.

[6] Il faut essentiellement penser aux travaux du juriste Lawrence Lessig, de la Stanford Law School, auteur de Code And Other Laws Of Cyberspace (Basic Books, 1999) et de The Future Of Ideas (Random House, 2001).

[7] Voir sur cette question Daniel Parrochia, Philosophie des réseaux, Paris, P.U.F., collection « La politique éclatée », 1993.

[8] Dans À l’Ombre des jeunes filles en fleurs