06
2009
Lassé de son séjour sur l’île volante de Laputa, Gulliver est débarqué dans les environs de Balnibarbi, dont il trouve l’occasion de visiter l’académie des sciences, en l’occurrence celle des « savants abstraits ».
L’un d’eux présente à Gulliver un véritable métier à penser manipulé par une quarantaine de ses disciples et destiné à produire tous les savoirs dont la raison devrait être capable — « sans génie et sans étude ».
Que signifie une telle machine à penser ? Deux choses, pour le moins : la première, c’est qu’une « externalisation » de la pensée et son déport vers une machine quelconque implique une réflexion sur la jointure de son ordre syntaxique et de ses visées sémantiques ; la seconde concerne la question de l’intelligence artificielle dite « forte » et l’hypothèse que des supports non-humains peuvent accomplir des tâches assimilables à celles d’une intelligence achevée.
Ces questions, qui transpirent d’un texte par ailleurs parodique de Swift, trouvent leur apogée dans le postulat de la réticularité : une machine pensante ne peut véritablement accomplir ses tâches qu’interconnectée avec d’autres machines avec lesquelles elle forme un réseau — une « grille ».

Paul MATHIAS