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01
2004
Projet de recherche en « diktyologie »
Version résumée

 . L’expérience de l’Internet peut être considérée comme celle d’une coïncidence de l’être et du texte. L’épreuve d’une ubiquité sémantique (par voie de publication) s’y conjuguant à celle d’une temporalité atypique (lag ou « latence »), les opérations informatiques qui y sont requises contribuent fondamentalement à inscrire la subjectivité dans un processus créatif dont elle-même, ainsi que son monde à la fois textuel et hypertextuel, sont pour ainsi dire les produits.

 . L’Internet requiert en conséquence une approche singulière, dont j’ai conçu le projet à partir d’une pratique précoce qui s’est développée, depuis 1995, en diverses activités éditoriales ou d’expertise. De fait, ce projet de recherche entend contribuer à une théorie des réseaux en insistant sur les modes d’effectuation et de présentification de la pensée qui y est à l’œuvre, et en montrant la coïncidence qu’on peut repérer entre les pratiques individuelles de l’Internet et la réalité de l’espace téléinformatique qu’elles contribuent à composer. Or précisément, qu’il soit tenu pour un « outil communicationnel » ou bien pour un « espace d’échanges » libre et ouvert à tous, l’Internet est couramment visé à partir de préconceptions naïvement « technologiques », et consécutivement appréhendé de façon essentiellement non critique. En effet, habituellement réduit au nombre extensible des machines formant son propre tissu industriel et informatique, l’Internet est figuré comme un simple outil médiatisé par un complexe industriel informatique, et conçu suivant le schème utilitariste d’une disponibilité technique. Mais c’est ce que dément la pratique, et c’est ce que contredit le fait irréductible de son infinie plasticité. En montrant dès lors la désuétude, l’inadaptation, et le caractère fondamentalement erroné d’une interprétation technologique de l’Internet, ce projet envisage de démontrer que les réseaux ne sont pas un instrument mais forment un monde, et que l’essentiel réside dans la relation sémantique des opérateurs de l’Internet à la réalité qu’ils (co-)produisent. Il importe dès lors d’étudier ce en quoi consistent « être », « penser », « agir » ou en somme « exister » en réseau. L’intuition sur laquelle repose ce projet de recherche, c’est qu’il n’y a pas d’un côté le monde de la vie, avec ses exigences et ses contraintes propres, et de l’autre un monde des réseaux, que l’on se hâterait de dire « virtuels ». Les procédures intellectuelles et cognitives du sujet investissant les réseaux sont formatrices d’une réalité qui s’avère comme le prolongement de ses pratiques mondaines ordinaires, à la lisière de laquelle il convient de repérer le point de jonction entre l’« être propre » de la subjectivité et les « espaces virtuels » qui en sont investis. Où il se joue un double écart, entre nos représentations de l’Internet et ce qu’est sa réalité d’une part, entre les effets qu’il produit sur nos pratiques, notamment intellectuelles, et ce que nous croyons qu’il permet d’accomplir d’autre part - les espoirs ou les craintes qu’il permet de cristalliser.

 . Le problème de la coïncidence de l’être et du texte surgit donc aux confins de la subjectivité et des procédures réticulaires et sémantiques qui la réalisent. Il concerne les modalités pratiques et intellectuelles de la création d’un « soi » informationnel, textuel et hypertextuel, et communautarisé au sein de l’espace prétendument virtuel que nous désignons comme « l’Internet ».